Photo

Page web de Xavier Caruso

Exercices en alexandrins

Les trois cent dix-neuf nuits et trois cent vingt journées
1Les trois-cent-dix-neuf nuits et trois-cent-vingt journées
Où sans te le montrer j'apprendrai à t'aimer
Où sans trop le cacher mes yeux vont te chercher
Et j'attendrai l'union de nos deux destinées.
 
5Peu importe le temps, les moments de souci
Quand mon coeur est froissé, que mon âme soupire
Un jour viendra peut-être où ta main va me dire
De rester près de toi, que ma vie est ici.
 
Un jour viendra j'espère où ton regard profond
10Rêveur, sera brouillé d'émotion vacillante
Qui rendra ma voix sourde et ma joue frissonnante
Dans cet échange pur nos sens communieront.
 
Peu importe le temps, ce sera du passé
Pourvu que cet instant un jour nous soit donné
15Et que timidement nous ayons deviné
La chaleur de l'étreinte et le feu du baiser.
Sophie Cachot
Dernières paroles d'otage
1« Les trois cent dix-neuf nuits et trois cent vingt journées
Que mouton re-bêlant je me suis enfournées
Dans ce camp de la peur, famélique et hagard,
Sucèrent tout mon suc sous le sombre regard
5De dix éberlués convaincus que leur cause
Exigeait la terreur et même la psychose !
Car c'est dans mon espoir, dans mon ciel, dans ma chair
Dans tout ce qui m'est cri dans tout ce qui m'est cher
Que j'ai pleuré cent ans, que j'ai vomi chaque heure
10Comme le cauchemar de tout ce qui m'écoeure.
J'ai vomi chaque instant, chaque instant j'ai pleuré
Sachant qu'il était vain et fol de se leurrer.
J'ai pleuré, j'ai vomi, chaque instant je le jure !
Que n'aurais-je pas fait pour devenir parjure ?
15Oui, j'aurais tout donné pour un petit mégot
Qui puisse rassurer mon être et mon ego.
Car tout me désespère et tout me bouleverse
Ci quelqu'un qui se tait, là quelqu'un qui converse
Celui qui s'apitoie et me prend en pitié
20Ou le fou démonté qui, plein d'inimitié,
Dans des crises d'orgueil m'insulte et me tabasse
Comme pour m'inculquer combien la Terre est basse.
Je suis seul, sans lieu-dit, sans lueur, sans nouvelle
SDF égaré au fond d'une poubelle
25Redoutant le non-dit autant que le boucan
Sans plus me souvenir, sans savoir depuis quand.
Oui, je crains le murmure et j'épie le silence
Oui, je suis dans la merde et dans la pestilence
Et je me chie dessus dès qu'un pet de travers
30S'en vient pour ébranler mon fébrile univers.
J'ai souffert, j'ai souffert, tellement tant souffert
Que j'ai rêvé la mort, imploré Lucifer
Pour enfin tout cesser pour stopper la tourmente
Où mon corps délétère absurde s'alimente,
35S'alimente et s'abreuve en un cercle infernal
Où mon feu s'assoupit dans le froid hibernal. »
Il est mort le vingt-trois, deux balles dans la tronche
Dans ce monde furieux où personne ne bronche.
Pierre Caruso
1Les trois cent dix-neuf nuits et trois cent vingt journées
Que j'ai passées avec ces sardines panées
Ont si profondément englouti mon cerveau
Que je ne survis plus qu'au fond de ce caveau.
5Ni ami, ni famille et pointant au chomage
Cet entretien devait pouvoir m'aider. Dommage !
J'ai rencontré cet homme un matin de janvier.
Cravate, attache case, et prénommé Xavier.
Il était le parfait petit homme d'affaires,
10Expert en rhétorique... et en gros somnifères !
Il m'a prescrit la dose admise aux éléphants,
De quoi tuer d'un coup treize ou quatorze enfants.
Je repris connaissance attachée à ma chaise
Transpirant, suffoquant dans cette vraie fournaise,
15Le saligaud avait cassé le thermostat,
Et moi, pauvre déchet, je fis le long constat
Selon lequel un homme apprécie le chauffage
Si et seulement s'il a accès au réglage.
Il revint le soir même apportant le dîner,
20Un demi verre d'eau et du poisson pané.
Il ôta le mouchoir enfoncé dans ma bouche
Me fit ingurgiter le repas à la louche,
Puis, méthodiquement, il resserra mes liens
Avant de s'éloigner sur les trottoirs d'Amiens.
25Je restai bouche bée, interdit, incapable
De poser mon regard sur cette horrible table :
Une miette par là, une miette par ci,
Qui, trop rapidement, allaient pourrir ici !
Au dessus de mon oeil, une lumière intense
30Me brûlait la rétine avec grande insistance.
Chaque soir, je vécus le même scénario.
Mon ravisseur était acteur, impresario,
Dans ce théâtre intime où, cloué à mon siège,
J'étais le spectateur, minable, pris au piège.
35Dix jours, vingt jours, cent jours, depuis combien de temps
Dois-je vivre, impuissant, ces moments palpitants ?
Depuis combien de mois, emprisonnée, mon âme
Suivit-elle, mourante, à cet atroce drame ?
Ma chair déchiquetée, mes muscles engourdis
40N'avaient plus qu'un espoir : aller au paradis.
Mon nez chaud, asseché par cet air sec immonde
Respirait, résigné, l'odeur nauséabonde
Degagée par la corde, et mon habit moisi,
Les aliments, l'urine orange cramoisi.
45L'homme me délivra un beau soir de novembre,
Me leva, m'habilla, m'allongea dans ma chambre,
Déposa un festin juste au pied de mon lit,
Ainsi qu'un parchemin retraçant son délit.
Je ne pouvais bouger, prendre la nourriture,
50Bientôt, bientôt, la mort, la fin de l'aventure.
Xavier Caruso
1Les trois cent dix-neuf nuits et trois cent vingt journées
Qu'il faut encore attendre avant ton cher retour
Me sembleront durer vingt cruelles années
Le temps est toujours long loin de mon grand amour
 
5Il y a plus d'un an, déjà, que tu navigues
Et ton parfum me manque, et ton rire, et tes yeux
Ton navire est chargé de raisins et de figues
Mais tu n'as pour pays que les flots gris ou bleus
 
Voici cinq mois ton fils est né loin de son père.
10Déjà dans son regard, je retrouve le tien
Et nous lui donnerons une soeur ou un frère
Des que tu reviendras, ton coeur contre le mien.
Sandrine Henri
1Les trois cent dix-neuf nuits et trois cent vingt journées
Que nous avons volées sans nous en repentir,
Que nous avons brûlées quand nos amours sont nées,
S'envolèrent un jour pour ne plus revenir.
 
5De toutes ces journées j'ai fui le souvenir
Mais en songe je vis nos amours crucifiées ;
Ma conscience sans doute, afin de me tenir,
M'aveuglait de remords et d'horreurs pétrifiées.
 
Dans l'un de ces tableaux où mes pas me menaient,
10Trois immenses vautours sombrement déjeunaient
De tes restes mortels et de limons pourris.
 
Je t'aime et je suis là ; cette horrible peinture,
En posant mes regrets dessus ta sépulture,
Je la conjure, car je vois que tu souris.
Vincent Nesme