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Page web de Xavier Caruso

Exercices en alexandrins

Dehors, tombe la neige et le vent se déchaîne
1Dehors tombe la neige et le vent se dechaine.
Le rire des enfants résonne dans les pierres
Du sublime chateau par ses mille lumières
Et par tous ces regards sans une ombre de peine.
5Dehors l'air est glacé et le soir s'epaissit.
Le sapin est dressé et son faîte domine
La salle assourdissante où l'on chante, où l'on dîne
Sous un ciel enchanté qui imite la nuit.
Le rire des enfants résonne au long du mur
10Et parvient jusqu'au pied des donjons solitaires
Où se cache un endroit des plus nus et austères.
Là se comprime un cœur bien plus sombre que dur.
Là il a fui la joie comme la joie le fuit
Mais même enfermé là son passé le poursuit,
15Pour lui, point de repos, ni de jour ni de nuit.
Là il a fui la vie car la vie le meurtrit.
Et meme enterré là, point de trêve possible ;
La guerre detruit tout, la guerre l'a brisé,
Mais il a fait ce choix, il ne peut reculer.
20Victime du destin, il en reste la cible.
Au fond de ses yeux noirs dégouline l'horreur
De ce sang serpentant, qui le noie, qui le fige ;
Son être est poignardé par les coups qu'il inflige.
Et en lui, qui l'eut cru ? rien que peur et douleur.
25Mais il a fait ce choix, il doit continuer
Dans un unique but, celui de remercier
Le plus bon, le plus juste et plus sage sorcier,
Le seul à croire en lui, c'est ce qui l'a sauvé.
Car tout ce qu'il désire et tout ce qu'il espère,
30Sans même oser réver d'un possible pardon,
C'est une main tendue, c'est un peu d'affection
Pour sortir de l'enfer, une voix qui l'éclaire.
Mais comment y penser ? il n'inspire que haine,
Que dégout et terreur ; c'est un fantôme noir
35Qui hante les donjons, vide chaque couloir.
Et la neige s'abat d'une fureur soudaine.
Du bal et de la fête elle est bien éloignée
Et sourit vaguement, un livre à ses côtés.
Derrière le brouillard de ses yeux évadés
40Se dessine un mystere à la face ombragée.
Sophie Cachot
La queue de l'âne
1Dehors, tombe la neige et le vent se déchaîne
Jusqu'à déraciner le débonnaire chêne
Qui, depuis deux mille ans, malgré ses oripeaux,
Bravait les ouragans, stoïque et sans repos.
 
5Puis l'horreur a cessé, terrifiante... et sans que..
Non, sans qu'on puisse rendre au pauvre âne sa queue,
Lequel s'adonne un max au drame existentiel
Car privé d'un atout qui lui semble essentiel.
Que va-t-il devenir sans son fier appendice
10Qu'il traque vainement et sans le moindre indice ?
Tout est calamité car tout est arraché
Les roseaux ne sont plus que du papier mâché
Qui volette au hasard presque dans l'ineffable
Comme pour contrarier une célèbre fable.
15Les oiseaux, survivants, s'épuisent à chercher
Un tout petit rameau sur lequel se percher.
Tout est consternation et silence incrédule,
Errement sans motif sans terre et sans pendule
Vidé de tout espoir, quasi ratatiné
20Comme si le Malin avait tout piétiné.
 
Le Malin, dites-vous ? Non des petits bons z'hommes
Qui, friands de profits mais courts z'en chromosomes,
Font bouillir la planète, auto satisfaits d'eux,
Jusqu'à faire péter le taux de CO2 !
25Et vas-y que je peste : « Et vas-y que ça pète
Que naissent les typhons que vivent la tempête,
Les clones bigarrés, les agoutis violeurs,
Les mammouths hérissés et les clébards miauleurs.
Ha ! des clébards miauleurs c'est quand même incroyable
30Mais un équus sans queue effarouché en diable
Hurlant de désespoir, les sens escagassés :
« Misérables bardots maintenant c'est assez ! »,
Je crois que j'entends là le puissant cri du monde
Qui feule aux Déïmos1, cette poignée immonde
35Qui bousille la Terre en toute impunité,
Qu'ils sont des criminels contre l'Humanité ! »
 
Dommage que ce cri s'étiole en une quête
Pour un âne bâté ka perdu sa queuequette !
Pierre Caruso

1La terreur en grec ancien, soit ici les terroristes contre-nature
Délire
1Dehors tombe la neige et le vent se déchaine.
Fatigué, hésitant à faire un autre pas,
Imaginant un feu, un voisin, un repas,
Je cherche le chemin de la ville prochaine.
5Je m'oppose sans âme à ces brusques rafales
Et souvent je fléchis, et j'ai froid, et j'ai faim.
Et souvent je recule... inaccessible fin
Qui me hante pourtant de chansons amicales.
Je m'effondre soudain sans m'en apercevoir,
10La tempète rageuse emporte mon écharpe
Et soulève le bois, le violon et la harpe
Qui jouent ce requiem sans passion ni savoir.
Le sifflement du vent est le fruit des trompettes
Et le coup du tonnerre est l'œuvre d'un tambour
15Cette folle musique arrive bien du bourg
Où de joyeuses gens me convient à leurs fêtes.
Non, ce n'est pas la boue qui recouvre mon corps,
Non, ce n'est pas le sang qui coule de ma bouche.
C'est un toit chaleureux, un ami qui me touche,
20Un bon verre de vin, de somptueux décors.
Bientôt, je me retrouve en haut d'un entonnoir
Et je glisse, et je tombe, on me pousse, ils me pressent.
La musique s'éteint, les couleurs disparaissent.
Tout est blanc, tout est gris, peut-être tout est noir.
Xavier Caruso
1Dehors, tombe la neige et le vent se déchaîne
Nous restons calfeutrés depuis une semaine
Sous ce si rude hiver, le temps s'est arrêté
Nous avons oublié la chaleur de l'été.
5S'écoulent plusieurs jours, et la tempête dure
La nourriture manque, et la vie devient dure
Les réserves de bois s'épuisent à leur tour
Et s'installent la faim, le froid, jour après jour.
Tandis que nous n'avons plus ni chaleur ni vivre
10Ne reste que l'espoir pour nous aider à vivre
Mais l'espoir, lui aussi, finit par s'effacer.
Alors que nous voici prêts à abandonner,
À nous laisser mourir, oubliés, seuls au monde,
Voilà que le soleil, brusquement, nous inonde,
15Et fait fondre la neige, et réchauffe nos cœurs.
Sous le printemps nouveau renaissent quelques fleurs,
Le temps reprend son cour, silencieux et rapide.
Enivrés, nous courons, roulons dans l'herbe humide.
Sandrine Henri