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Page web de Xavier Caruso

Exercices en alexandrins

Bonne journée maman, bonne journée papa
1Bonne journée maman, bonne journée papa
J'ai pris mon déjeuner, je m'en vais à l'école
Il faudrait te lever, papa, ça me désole
Ton réveil a sonné depuis longtemps déjà.
5Allez, debout, tant pis, je t'arrache la couette
Maman, lâche-le donc, ça va jamais finir
Avec tous ces câlins, ces bisous, ce soupir
Je dois vous rappeler : la vaisselle est pas faite.
Le chat se meurt de faim, son écuelle est vide
10Le voilà affamé depuis hier au soir
Les croquettes, plus vite, apportez-les ! trop tard
Il croque mon goûter d'un coup de dent avide !
Plus rien dans le frigo, achetez à manger
Mais évitez les oeufs, le sucre et la farine
15Pitié, plus de gâteau au goût de grenadine !
Papa, je suis sérieux, il faut pas rigoler !
Ne laissez pas les clés lorsque vous partirez
Et ne les perdez pas au cours de la journée
C'est pas très amusant, quand la pierre est gelée
20De faire ses devoirs assis sur l'escalier.
Vous êtes étourdis, mais tellement marrants
À vous coller ainsi, à plaisanter sans cesse,
Quelquefois je m'en plains, mais là je vous confesse
Que c'est plutôt sympa d'avoir de tels parents.
Sophie Cachot
Révolutionnaire en herbe
1Bonne journée maman, bonne journée papa.
Et puisque vous rêviez d'un beau bébé sympa
D'un poupon rondelet qu'on habille ou débraille
D'un petit bout de chou qui babille ou qui braille
5Eh bien, je suis venu dans le monde parfait
Où vous me promettiez de faire bel effet.
De sourire en cadeau, de bonheur en « je t'aime »
Je croyais que l'amour était le seul baptême
Qu'avait à supporter tout nouvel être humain
10S'éveillant à la vie en vous tendant la main.
Mais à peine grandi que j'ai vécu l'image
D'un marmot silencieux, famélique et sans mage
Qui jeûnait sur la Terre avec son ventre rond
N'espérant même plus un petit biberon
15Certain que la conscience est un estomac vide
Que boursoufle un volcan obstinément avide
Puis s'éteint lentement sans souffle ni douleur
Dans une mort atone, aphone et sans couleur.
Tandis que dix pignoufs s'égosillant en Bourse
20Rassasiés mais gloutons s'empiffrent à la source
Pratiquant sans vergogne un gaspi d'aigrefin
Dans un moi-ci moi-là hautain jusqu'à plus faim !
Aidés par la curie ivre de vin de messe
Qui prêche iniquement de mensonge en promesse
25Dans des ragots vieillots et tout leur branle-bas
Que l'on doit détourner le regard d'ici-bas
Alors que des enfants y meurent à la pelle
Et qu'on n'écoute pas leur voix qui nous appelle.
Bien le bonjour mamans, bien le bonjour papas
30Mais ce monde pourri, merci ! je n'en veux pas !
 
Pierre Caruso
1« Bonne journée maman, bonne journée papa
J'ai rangé dans ce sac l'hameçon et l'appat.
On prévoit du beau temps. Bonne partie de pêche,
Ramenez-moi ce soir un thon ou une sèche. »
 
5J'avais écrit ce mot, c'était le mois dernier.
Ils partaient le dimanche avec leur grand panier
Chaque semaine, sûrs d'attraper une andouille
Mais revenaient toujours énervés et bredouille.
Moi, pendant ce temps-là, je faisais le marché,
10D'aucuns pourraient penser que c'est un peu tricher :
J'achetais un saumon, un bar, une sardine,
Une sole, un rouget aux couleurs grenadine.
J'achetais du riz blanc, des légumes, du pain,
Du brie, des avocats, du raisin sans pépin,
15Et toujours pour dessert, un gâteau à l'amande,
Celui du Vieux Fourneau que chacun recommande.
Alors, je cuisinais un somptueux dîner,
Un délicieux mélange acide et raffiné.
Quand mes parents rentraient, à coup sûr en colère,
20Je leur prouvais pourquoi leur minable galère
Leur simple canne à pêche à l'état peu séant
Étaient bien impuissants face à cet océan,
Balayé nuit et jour par d'immenses navires,
Qui sont pour les poissons pire que les vampires.
25Ils étaient soulagés d'entendre mes propos.
Enfin, plus de jurons ! Quel calme, quel repos !
Le moment est venu de s'installer à table
Contents de retrouver de la bonne eau potable.
La façon qu'ils avaient d'engloutir ce repas,
30M'effrayait plus que tout, au delà du trépas,
Mais quand ils remarquaient leur tort, leur indécence
Ils s'excusaient enfin, plein de reconnaissance.
Inévitablement, la soirée terminait
Par cette conclusion : « Il faut y retourner !
35La semaine prochaine, on aura plus de chance
On te rapportera une maigre pitance. »
Puis, chacun, épuisé, sou'aitait la bonne nuit
Et allait s'effondrer le coeur épanoui.
 
Pour hier, la météo annonçait un orage.
40« Mais voyons, peu importe, on a bien du courage ! ».
J'aurais dû insister, dû les en empécher,
Car... oui... ce sont leurs corps qu'on a dû repécher.
Xavier Caruso
1« Bonne journée maman, bonne journée papa »
Comme tous les matins, depuis trois ans déjà,
L'écolier de neuf ans se traîne vers l'école
En maudissant tout bas l'enfance qu'on lui vole.
5Que de moments perdus, assis sur un banc froid,
Quand on pourrait rester tranquillement chez soi !
Mais il faut écouter, à longueur de journée,
À longueur de semaine, et à longueur d'année
Les propos ennuyeux d'ennuyeux professeurs.
10Comme il préférerait courir parmi les fleurs
Et jouer à l'indien dans la forêt voisine,
Déjeuner dans les bois plutôt qu'à la cantine.
Ses parents lui ont dit : « Il faut bien travailler,
Pour, quand tu seras grand, avoir un bon métier ! »
15Addition, soustraction, conjuguer le verbe être...
Le regard attiré plutôt par la fenêtre
Que par le tableau noir, il laisse son esprit
Quitter la classe sombre et ses leçons d'ennui.
« Jeune homme, répétez ce que je viens de dire ! »
20La voix dure du maître interrompt le délire
De l'enfant étonné, et surpris à rêver.
Penaud et balbutiant, il doit bien avouer
Qu'il n'a pas tout suivi ; il était en voyage
Au pays des oiseaux, perché sur son nuage.
25Le maître le rappelle au pays des leçons,
Des devoirs, et, hélas, aussi des punitions.
Sandrine Henri