J'organise un dimanche par mois un groupe de travail à l'ENS auxquels participent des élèves de lycée et de prépa. Les séances sont en général longues et présentent un sujet de mathématique contemporaine de façon accessible.
Un livre regroupant les notes prises à la suite de ces exposés est à paraître. C'est la raison pour laquelle lesdites notes ne sont pas disponibles en ligne. Vous pouvez toutefois consulter les titres des exposés et le nom des intervenants.
De nombreuses personnes participent à ce groupe de travail en tant qu'intervenant potentiel. Voici une liste qui va probablement être amenée à évoluer : Pierre Bornsztein, Xavier Caruso, Fanny Kassel, Yann Ollivier, Moubinool Omarjee, Vincent Nesme, Joël Riou, Sandra Rozensztajn, Mehdi Tibouchi, Dimitri Zvonkine.
Voici par ordre chronologique la liste des exposés donnés :
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Bons ordres sur N
J'ai donné cet exposé le 27 avril 2003. On s'intéresse dans cet exposé à
la théorie des ordinaux récursifs. Un ordinal est un ensemble muni d'un
bon ordre : cela signifie que chaque fois que l'on a deux éléments de
l'ensemble, on sait dire lequel est le plus petit, et que chaque fois
que l'on a une partie non vide de l'ensemble, on sait lui trouver un
plus petit élément. Le premier exemple primordial d'ordinal est
l'ensemble des entiers N muni de l'ordre que l'on connaît tous.
On cherche, dans cet exposé, à décrire d'autres ordinaux de façon
explicite, c'est-à-dire décrite par un programme informatique, ou du
moins par un algorithme.

Cet exposé a été donné par Dimitri
Zvonkine le
25 mai 2003. Étant donné un polynôme (suffisamment régulier) à
coefficients complexes, on peut regarder l'image réciproque (dans
C) du segment [0,1]. On obtient alors un graphe,
précisément un arbre, que l'on appelle un dessin d'enfant.
Le but de cet exposé est d'expliquer plus en détails la situation et
de préciser comment des transformations naturelles sur les complexes
(par exemple transformer √21 en -√21) se repercutent sur
les arbres.
Concentration de la mesure
Cet exposé a été donné par Yann Ollivier le 8
juin 2003. Si l'on lance un grand nombre de fois une pièce de monnaie
et que l'on note respectivement le nombre de « pile » et de « face »
obtenues, on obtiendra probablement des nombres comparables. Précisément
la loi de grands nombres dit que l'écart observé ne varie pas plus que
la racine carrée du nombre de lancers.
Autrement dit, la fonction
{0,1}n→N, qui a une suite de n éléments
de {0,1} associe leur somme, est presque constante égale à
n/2. On se demande de quelle façon ce théorème peut s'énoncer
proprement, puis se généraliser.
Le théorème de Sarkovskii
Cet exposé a été donné par Olivier Benoist (juste
après être entré en prépa) le 14 septembre 2003. Soit f une
fonction continue du segment [0,1] dans lui-même qui admet un
point de période 3, c'est-à-dire qui est telle qu'il existe un
réel x tel que f(x) ≠ x et f(f(f(x))) = x.
Alors, f admet un point de période n pour tout entier
n.
Cet exposé démontre et généralise ce résultat.
Les groupes de Coxeter
Cet exposé a été donné par Joël Riou le 12 octobre
2003. Considérons un pentagone régulier et traçons l'ensemble de ses
axes de symétrie appelés les murs. Ils délimitent certaines
parties du plan, naturellement les chambres. On remarque deux choses.
Premièrement le nombre de chambres est le même que le nombre de
transformations (symétries et rotations) laissant fixe le pentagone.
Deuxièmement, chaque des tranformations précédentes peut s'écrire comme
la composée des symétries par rapport aux murs d'une même chambre.
Ces constatations se vérifient encore sur tous les polygônes réguliers
et aussi sur des figures spatiales (il faut alors considérer les plans
de symétries) telles le cube ou le tétraèdre. Le but de cet exposé est
de fixer un cadre suffisamment général pour expliquer ces phénomènes.
Discussions rationnelles d'une courbe et d'un triangle
Cet exposé a été donné par Mehdi Tibouchi le 9
novembre 2003. Quels sont les entiers qui sont l'aire d'un triangle
rectangle à côtés rationnels ? Cette question a priori naïve,
bien que très vieille, ne connaît toujours pas de réponse satisfaisante,
sinon conjecturale.
On explique, ici, comment ce problème est rélié à l'étude des courbes
elliptiques et comment sa résolution fait intervenir des mathématiques
très actuelles.
Colorie-moi le ciel !
Cet exposé a été donné par Pierre Bornsztein le 14 décembre 2003. Des
problèmes de coloriage... en veux-tu ? en voilà ! L'idée directrice
est celle qui est sous-jacente aux théorèmes de Ramsey : si l'on colorie
une certaine structure suffisamment grande avec un nombre suffisamment
petit de couleurs, on va forcément trouver une configuration monochrome.
Par exemple, de façon très immédiate, si l'on colorie le plan en
2 couleurs, on va forcément trouver deux points à distance
1 de même couleur. Ce théorème se généralise ainsi : si l'on
colorie le plan en un nombre fini de couleurs, et que l'on se donne un
ensemble fini de points dans ce plan, il existe une homothétie qui
envoie cet ensemble fini sur un ensemble monochrome.
Choisissez votre corps !
J'ai donné cet exposé le 12 janvier 2004. Un corps est un ensemble de
nombres que l'on sait additionner, soustraire, multiplier et diviser.
Par exemple Q, R ou C sont des corps, mais ce ne
sont pas les seuls.
On étudie dans un premier temps les corps finis, et établissons leur
classification. On s'intéresse à d'autres corps plus gros, souvent
appelés corps locaux : moralement les éléments du corps finis vont
être les chiffres et on s'efforce d'écrire des nombres à partir de
ces briques.
Le lycée en Roumanie
Cet exposé a été donné par Moubinool Omarjee le 15 février 2003.
Moubinool commence par donner les programmes de mathématiques en
Roumanie des classes de niveau équivalent à celui de seconde, première
et terminale. La comparaison avec le programme français est alors vite
faite.
Après avoir présenté les notions nécessaires, il pose des exercices
tirés de livres et de compétitions roumaines.
Le théorème de la griotte et de la pastèque
Cet exposé a été donné par Tuong-Huy Nguyen (élève de terminale) le 14
mars 2004. Le paradoxe de Banach-Tarski dit qu'il est possible de
découper une griotte (petite cerise) en un nombre fini de morceaux, puis
de déplacer ces morceaux et de les recomposer pour en faire une
pastèque. Ceci est paradoxal car en contradiction flagrante avec la
notion de volume.
Le but de cet exposé est justifier de clarifier la notion de volume puis
de donner une preuve du paradoxe de Banach-Tarski.
Groupe de monodromie d'un polynôme complexe
Cet exposé a été donné par Fanny Kassel le 25 avril 2004. Après avoir défini le groupe fondamental d'un espace topologique (de façon assez précise, mais également assez imagée), on s'intéresse aux revetements (ramifiés) de C dans C donné par un polynôme. On montre comment le groupe fondamental du plan complexe privé des points de ramification agit sur les racines du polynôme, définissant un sous-groupe d'un groupe de permutation appelé groupe de monodromie.
Théorie de la démonstration
Cet exposé a été donné par Alexis Saurin le 23 mai 2004. Il traite de
logique pure, présentée par l'intermédiaire du calcul des séquents.
Après avoir donné les lois de la logique classique, on essaie de les
transformer légèrement et on obtient ce qui est appelé la logique
intuitionniste. Le théorème fondamental dans ce deux cas est celui dit
d'élimination des coupures, qui, en langage classique, affirme que tout
preuve contenant peut se faire sans lemme, au prix d'une augmentation
extraordinaire de la taille de la démonstration. Ainsi l'imagination du
mathématicien qui se traduit par l'introduction et la formulation du bon
lemme n'est pas strictement nécessaire mais le devient si l'on souhaite
avoir des preuves lisibles.
Après cela, on évoque le lien entre preuve et calcul, un corollaire de
plus du théorème d'élimination des coupures.
L'exercice 3 de l'envoi ω
J'ai donné cet exposé le 27 juin 2004. On crée un parallèle assez
impressionnant entre des problèmes purement combinatoires et des
problèmes d'algèbre bilinéaire (sur le corps fini à 2 éléments).
On résout grâce à cela le problème suivant : soit E un ensemble
fini de cardinal n et soient A1, ...,
Ak des parties de E de cardinal pair (ou
impair)
dont les intersections deux à deux sont de cardinal pair (ou impair).
Le but est de donner une majoration de k en fonction de n.
Un article dont l'objet est d'exposer cette théorie est paru dans la RMS
114 no3.
Les quaternions
Cet exposé a été donné par François Lo Jacomo le 26 septembre 2004. On y
présente les quaternions et on montre leur utilité en mettant en
parallèle
l'étude des sommes de deux carrés et celle des sommes de quatre carrés.
En particulier, on remarque que la non-commutativité du corps des
quaternions est souvent un obstacle, mais pas toujours infranchissable.
On explique ensuite les rapports entre quaternions et géométrie. En
particulier, on montre qu'ils permettent de classifier les rotations
de l'espace.
Jonglage et automates
Cet exposé a été donné par Jean-Christophe Novelli et Florent Hivert le 24 octobre 2004. On commence par établir une modélisation d'un jonglage (essentiellement, un jonglage est la donnée d'une suite de lancers de balles qui vont rester en l'air un certain temps, fixé) que l'on étudie grâce à la théorie des automates. Fort de cette appui mathématique, on détermine tous les jonglages à trois balles, puis on donne une formule pour dénombrer les jonglages ayant un nombre de balles fixé et se faisant dans une pièce dont la hauteur du plafond est également fixée (cette limitation donne une majoration du temps maximal qu'une balle peut rester en l'air sans être relancée).
Transformée de Fourier rapide
Cet exposé a été donné par Igor Kortchemski (élève de terminale) le 28
novembre 2004. Multiplier deux entiers est une chose que l'on apprend
dans les petites classes. Mais est-ce bien la meilleure méthode
(c'est-à-dire celle qui demande le moins de calcul pour parvenir au
résultat) que l'on nous enseigne. Pour des petits nombres, c'est
sûrement
le cas. Par contre, dès que les nombres deviennent grands (plus de 50
chiffres), il existe des méthodes plus efficaces.
On présente dans cet exposé l'un entre elles, communément appelée FFT,
et
qui est vraiment utile seulement pour les très grands nombres. C'est
par ailleurs aujourd'hui la meilleure que l'on connaisse.
Graphes électriques planaires
Cet exposé a été donné par Raphaël Beuzart-Plessis (élève de prépa) le
16 janvier 2005. On branche dans une boîte noire une série des fils avec
des résistances. Quelques uns de ces fils sortent de la boîte, de sorte
que l'on puisse imposer des tensions et mesurer des courants. On se
demande alors dans quelle mesure, la seule connaissance des résultats
des expériences électriques permet de reconstituer le circuit à
l'intérieur de la boîte.
On s'intéresse en réalité au cas pour particulier où l'on sait qu'à
l'intérieur de la boîte aucun fil n'en croise un autre (c'est la
signification de l'adjectif planaire). Dans ce cas, on prouve
que la réponse électrique permet de reconstruire approximativement le
circuit.
Aspects commutatifs de la géométrie non-commutative.
Cet exposé a été donné par Martin Andler le 20 février 2005. On montre comment l'on fait correspondre à un objet purement géométrique (en l'occurrence un espace métrique compact) un objet purement algébrique (en l'occurrence une R-algèbre). On étudie ensuite cette correspondance : on montre en particulier qu'elle est « bijective » dans le sens où la donnée de la R-algèbre permet de reconstruire l'espace métrique, puis on s'attarde à expliquer comment les propriétés géométriques se lisent sur la description algébrique et vice et versa.
Géométrie sphérique et hyperbolique
Cet exposé a été donné par Dimitri
Zvonkine le 3 avril 2005. On présente
deux espaces, à savoir la sphére et le plan de Lobatchevski, sur
lesquels on est capable de faire de la géométrie. Cette géométrie peut
paraître déroutante au premier abord puisqu'il n'est plus vrai que
par un point, il passe une et une unique parallèle à une droite fixée.
Toutefois, on s'aperçoit que ce n'est pas grave, et que l'on obtient
quand même une théorie cohérente.
On s'attarde ensuite à généraliser à ces nouvelles géométries les
relations métriques et trigonométriques dans les triangles. En
particulier, on obtient une nouvelle version du théorème de Pythagore et
de la loi des sinus.
Résolubilité des équations algébriques
Cet exposé a été donné par Farouk Boucekkine le 22 mai 2005. On introduit, de façon très concrète et très proche des équations, les idées de la théorie de Galois. On expose ensuite de façon plus actuelle les principaux résultats de la théorie et on les utilise pour donner explicitement une équation de degré 5 qui n'est pas résoluble par radicaux.
Équations algébriques dans les corps locaux
J'ai donné cet exposé le 19 juin 2005. Il fait suite à l'exposé
précédent (Résolubilité des équations algébriques) mais montre un
aspect différent du problème puisqu'on construit des ensembles de
nombres dans lesquels les équations algébriques sont toutes résolubles
par radicaux, quel que soit leur degré.
On traite d'abord le cas du corps des séries formelles, à savoir
C((t)), puis celui des nombres p-adiques. Ces deux
exemples font partie d'une famille beaucoup plus large formée par ce
que l'on appelle les corps locaux.
Bonnes suites et permutations
Cet exposé a été donné par Igor Kortchemski (élève de terminale) le 26
juin 2005. Il s'agit d'un travail effectué par Igor à l'occasion de
sa participation au Clay
Research Academy au Clay
Institute au mois d'avril 2005.
On présente dans cet exposé la notion de bonne suite (il s'agit d'une
suite de nombre dans laquelle le nombre k apparaît avant la
dernière occurrence de k-1). On montre ensuite qu'il existe une
bijection naturelle entre l'ensemble des bonnes suites de longueur
n et l'ensemble des permutations de {1,...,n}. On dégage
finalement plusieurs propriétés de cette bijection, ce qui permet
d'établir des statistiques sur les bonnes suites.
Formule des équerres
J'ai donné cet exposé le dimanche 2 octobre 2005. Une partition de
l'entier n est une suite décroissante (n_1, ..., n_d) de
nombres strictement positifs dont la somme fait n. On associe à
une telle partition un diagramme d'Young : c'est un tableau formé de
n_1 cases sur la première ligne, de n_2 sur la seconde et
ainsi de suite.
La formule des équerres donne le nombre de façons qu'il y a de remplir
les cases d'un diagramme d'Young par les nombres de 1 à n
de telle sorte que les suites écrites sur chaque ligne et sur chaque
colonne soient croissantes. On donne dans cet exposé deux démonstrations
de cette formule : l'une se fait par récurrence et l'autre en exhibant
une bijection.
Représentations complexes des groupes finis
Cet exposé a été donné par Irène Marcovici (élève de prépa) le 6
novembre 2005. Il s'agit de présenter la théorie usuelle des
représentations complexes des groupes finis, et en particulier
d'introduire la notion de caractère et de préciser comment ceux-ci
sont utilisés pour les classifier.
On se focalise ensuite sur les représentations du groupe symétrique et
on explique comment elles sont décrites par les diagrammes et les
tableaux d'Young.
Calcul de ζ(2n) par des méthodes d'analyse complexe
Cet exposé a été donné par Antony Lee (élève de prépa) le 11
décembre 2005. En son temps, Euler avait proposé une méthode pour
le calcul de la somme des inverses des carrés basée sur l'emploi d'une
formule valable pour les polynômes à la fonction sinz / z.
Le but de cet exposé est de montrer comment on peut rendre rigoureuse la
preuve d'Euler. Pour cela, on introduit les bases de l'analyse complexe
et on interprète la formule utilisé par Euler comme une instance du
théorème des résidus. On étend ensuite la méthode au calcul de la somme
des inverses des puissances n-ièmes des entiers pour tout
n pair.
Énumération des revêtements ramifiés de la sphère
Cet exposé a été donné par Dimitri
Zvonkine le 15 janvier 2006.
On commence par présenter un problème élémentaire sur les polynômes :
combien y a-t-il de polynômes de degré n (unitaires et n'ayant
pas de terme en x^(n-1)) qui ont n valeurs critiques
fixées. On explique alors comment ce problème se traduit
géométriquement, et comment il est relié au dénombrement des arbres
à n sommets.
On donne ensuite une seconde méthode de comptage faisant intervenir les
surfaces de Riemann et la géométrie algébrique.
Les ovales de Cassini
Cet exposé a été donné lors du stage de
Saint-Malo par Dimitri
Zvonkine. Si
on se donne un polynôme à deux variables, on peut regarder l'ensemble de
ses points d'annulation dans le plan. Cet ensemble détermine en général
une courbe. À déformation près ressemble soit à un cercle soit à une
droite lorsque le polynôme est de degré 2
Pour les degrés supérieurs, on a une description analogue et on
s'intéresse au problème inverse. Étant donnée une telle description
envisageable, existe-t-il effectivement un polynôme qui la donne. La
réponse à cette question passe par des considérations a priori
assez éloignées et proches de la combinatoire.
Ceci n'est pas un titre
Cet exposé a été donné lors du stage de
Saint-Malo par Yann Ollivier. Il
s'agit de présenter et de discuter les théorèmes de Gödel. Les énoncés
donnés sont précis et le texte a une portée beaucoup plus mathématique
que philosophique.
Périodiquement, des défis sont lancés au lecteur pour le tenir vif et
stimulé.