Photo

Page web de Xavier Caruso

Polynômes positifs sur [0,1]

Enoncé :

Pour tous entiers positifs ou nuls n  et i  tels que n \< i  , on note P  = (1 -X)i Xn -i
 n,i  . Soit P  un polynôme non nul à coefficients réels. Alors P  s’écrit comme une combinaison linéaire à coefficients positifs des P
 n,i  si et seulement si P  est strictement positif sur l’intervalle ouvert I=]0,1[ .

Démonstration :

Le sens direct est évident... Il est là juste pour bien montrer que l’on aura du mal à affaiblir les hypothèses :-).

Pour la réciproque, traitons tout d’abord le cas où P (X) = (X - c)2 + e  0 < c < 1  et e > 0  . Tout d’abord quelques notations : on définit a  et b  par P (X) = X2 + aX  +b  et on pose a=P(0)>0 et b = P (1) > 0  . P  s’écrit alors P (X) = X2 + (b- a - 1)X + a  .

Fixons pour l’instant un entier n >= 2  . On remarque que (P   )
  n,i0\<i\<n  est une base de R  [X]
  n  (l’espace vectoriel des polynômes à coefficients réels de degré plus petit que n  ) et que la matrice de passage de cette base à la base   n
(X  ,...,X, 1)  est     (    i+j i)
A =  (- 1)   Cj 0\<i,j\<n  avec la convention  i
Cj = 0  si i>j ou i<0  .

Cette matrice est aussi la matrice de l’application linéaire P (X) '--> P (X - 1)  écrite dans la base (1,X,...,Xn). L’inverse est donc donné par A -1 = (Ci)
        j 0\<i,j\<n  . Les coefficients qui apparaissent dans la décomposition de P  dans la base des (Pn,i)  sont donc :

 k       k      k     k-1     k      k-1
Cn-2 + aC n-1 + bCn = aCn-1 + bCn-1 - Cn-2
pour k entier allant de 1  à n - 1  (on vérifie les cas k = 0  et k = n  à part qui redonnent a >= 0  et beta>=0 ).

Pour que tous ces coefficients soient positifs ou nuls, il suffit donc que pout tout entier k  entre 1  et n-1  :

     (n- 1)!         (n - 1)!          (n -2)!
a -------------+ b ------------- ----------------->= 0
  (k - 1)!(n- k)!    k!(n - k- 1)!  (k- 1)!(n- k -1)!
soit en simplifiant :
-a---+ b->= --1--
n- k   k   n - 1

En multipliant par n  et en posant t = k
   n  , on obtient la condition suffisante suivante :

        -a--   b-  --n--
 A t  (-  I, 1- t + t >= n- 1

D’autre part, on a bien sûr [t( V~ a-+  V~ b)--  V~ a]2 >= 0  , et donc en développant, en bidouillant et en divisant par t(1- t)  , on obtient :

         a    b   (V ~ -   V~ -)2
 A t  (-  I, 1--t +-t >=  a +   b

En particulier, si   --  V~ --  V~ ----
 V~  a+  b >=   nn--1  , tous les coefficients de la décomposition seront positifs et le théorème est démontré. Comme ( V~ -n-)
   n-1 est une suite décroissante de limite 1  , pour avoir le cas particulier énoncé, il suffit de prouver que l’on a toujours       --
 V~ a-+  V~ b > 1  . Mais cela est vrai, car l’on a :

                     V~ ----------
 V~ a-+  V~ b-=  V~ c2-+-e+ (1- c)2 + e > c + 1- c = 1

Pour le cas général, on remarque tout d’abord que, quitte à diviser par le coefficient dominant, on peut supposer que le polynôme P  est unitaire.

On procède par récurrence sur le dégré du polynôme. S’il est de degré 0  , ce n’est pas très difficile. Prenons maintenant un polynôme P  unitaire de degré n  strictement positif sur I  . Notons m  le minimum de P  sur [0,1]  . Le polynôme P - m  est strictement positif sur I  et s’annule sur [0,1].

On écrit alors :

                      prod k
P (X) = m + Xp (1- X)q   (X - ci)2ai Q(X)
                     i=1
p , q et k sont des entiers éventuellement nuls (mais pas tous les trois simultanément), les ai  sont des entiers strictement positifs (les racines de P  dans I  sont de multiplicité paire car P  ne change pas de signe dans leur voisinage) et Q  est un polynôme strictement positif sur I .

Si k=0 , alors on applique l’hypothèse de récurrence à Q  et on conclut en remarquant que les (Pn,i)sont stables par produit.

Supposons donc que k > 0  . On a alors forcément m > 0  . On prend e > 0  et on écrit :

                  p       q prod k[       2ai   ]
P (X) = R (e,X) + X (1- X)     (X - ci)   +e  Q (X)
                           i=1

On voit facilement que le coefficient constant de R (e,X)  vu comme polynôme en e  est m > 0  donc en particulier pour un certain e > 0  il va être strictement positif sur [0,1]  .

On considère alors ce e  . En regardant les coefficients en degré n  , on voit que R  est de degré strictement inférieur à n  . On peut donc appliquer l’hypothèse de récurrence à Q  et R  et le cas précédent aux polynômes (X - c )2ai + e
      i  , ce qui permet de conclure.